Page 13 - Raison(s) d'Être(s) - Livre 2
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Si vous avez manqué le début


                                   de ses actes sur terre, qui seront déterminants pour le salut de
                                   son âme. Dieu, volonté sans désir, a créé le monde et a une
                                   attente et un projet pour chacun, qu'il suit au jour le jour.
                                   Ainsi, nul n'est là par hasard, même pas l'humanité elle-
                                   même pour qui Dieu a créé le monde, lequel ne connaît pas

                                   l'arbitraire. Chacun a une raison d'être là et d'être ce qu'il est,
                                   même   si   les   desseins   de   Seigneur   sont   souvent   assez
                                   impénétrables. Le christianisme apporte ainsi un apaisement
                                   à un facteur de sens particulièrement sensible, le sentiment
                                   inacceptable de la contingence.
                                      Enfin, le christianisme porte un message d'amour, il est la
                                   communauté, avec ses pasteurs et ses cérémonies collectives.

                                   On appartient au monde par le baptême. L'excommunication
                                   sera, un temps, une sanction terrible de rejet, avant que
                                   l'excès de son recours ne la banalise et n'intimide plus grand
                                   monde. Facteur d'intégration, le christianisme a du sens en ce
                                   qu'il apaise ce qui est peut-être le plus impérieux des facteurs
                                   de sens : la hantise insupportable de l'abandon.

                                      Mais il est un facteur de sens auquel le christianisme n'a
                                   pas   grand-chose   à   apporter :   le   plus   abstrait   et   le   plus
                                   sournois de tous, l'insaisissable réalité. Le message chrétien
                                   n'aura de cesse de dévaloriser le monde d'ici-bas au profit de
                                   l'au-delà. Une fois posé que toute réalité est ce qu'elle est par
                                   décision divine souveraine, la question de l'être et de sa
                                   nature est évacuée une fois pour toutes. En des temps de

                                   délitement   généralisé   où   la   vie   quotidienne   était
                                   extrêmement difficile et précaire, où manger et survivre était
                                   une préoccupation quotidienne, les esprits étaient prêts à
                                   entendre que la vie terrestre n'était qu'un mauvais moment à
                                   passer   en   attendant   mieux.   Mais   le   message   chrétien
                                   n'apporte pas vraiment de réponse au mystère de la nature du

                                   monde   qui   nous   entoure,   qu'il   s'agisse   de   notre
                                   environnement   immédiat   ou   du   bien   mystérieux   Cosmos
                                   auquel les Anciens s'intéressaient déjà.
                                      Le sens procuré par l'apaisement de tous les autres facteurs
                                   de   sens   était   tellement   puissant,   et   l'interrogation   sur   la
                                   réalité tellement secondaire en ces temps de misère, que le
                                   facteur de sens de la réalité fut apaisé comme par osmose.







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