Page 14 - Raison(s) d'Être(s) - Livre 2
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Si vous avez manqué le début


               Mais la question devait revenir et allait un jour ruiner
            l'édifice de sens du christianisme dans son ambition (et sa                  Sens, politique et
            prétention) d'être l'explication totale, définitive et exclusive             religion
            du monde.
               Quand, mille ans plus tard, à partir du beau XIIIe siècle,

            puis à la "Renaissance" l'Occident retrouvera la prospérité, le
            monde d'ici-bas redeviendra intéressant. La question de la
            réalité et de sa potentielle rationalité reviendra à l'ordre du
            jour, et pour nombre de bons, fidèles et sincères chrétiens,
            les interprétations de la Tradition et les explications  des
            théologiens       -qui   déployèrent   pourtant   des   trésors
            d'imagination et d'argumentations, voir Thomas d'Aquin au

            XIIIe   siècle-  ne   répondront   qu'imparfaitement   aux
            interrogations   nouvelles.   Face   à   la   foi,   la   raison
            recommençait à faire valoir ses droits.
               C'est cet intérêt nouveau pour la réalité qui nous entoure
            qui, petit à petit, en instillant des doutes dans les esprits, a
            permis l'impensable : la remise en cause progressive des

            dogmes chrétiens, à partir de la recherche de l'apaisement du
            facteur de sens de la réalité. L'ensemble de l'extraordinaire
            édifice chrétien de sens va se fissurer progressivement, dans
            des  convulsions  parfois  épouvantables, jusqu'à ce que la
            religion ne soit réduite à une affaire privée et la foi à un
            choix   personnel   parmi   d'autres   possibles.   La   foi   n'a   pas
            disparu,   mais   en   tant   qu'édifice   de   sens   collectif   et

            civilisateur, la Religion est morte.
               "Dieu   est   mort"   constatera   Nietzsche,   sans   préciser
            d'ailleurs, quoi qu'on en ait souvent dit, si c'est une bonne ou
            une mauvaise nouvelle.
               C'est   la   Science,   avec   son   efficacité,   sa   rigueur,   son
            arrogance   et   ses   certitudes,   qui   va   affirmer   des   vérités

            nouvelles à partir de sa capacité à donner une explication à la
            réalité,   qu'elle   puisera   dans   la   logique   et   un   certain
            déterminisme   (armes   anti-contingence   par   excellence)   et
            légitimera par son efficacité via la maîtrise technique. Elle
            créera des certitudes et polarisera les esprits via le progrès
            -concept par nature inconnu du monde religieux-  vers des
            lendemains qui chantent et un avenir radieux. Elle créera du

            lien par ses vérités qui s'imposent à tout un chacun et se




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