Page 7 - Raison(s) d'Être(s) - Livre 2
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Si vous avez manqué le début





                                Qu'est-ce que "avoir du sens" peut bien vouloir dire ?
                                Telle est la question.
                                La question du sens bien que ne manquant pas d'implications
                             pratiques   immédiates   et   quotidiennes,   ne   serait-ce   que   pour
                             guider nos vies ou simplement nous donner une raison de nous
          Ce qu'avoir du
          sens peut bien     lever le matin, et bien que présentant des enjeux psychologiques
          vouloir dire
                             décisifs,   est   résolument   d'essence   philosophique   et   même
                             métaphysique. La psychologie est-elle d'ailleurs autre chose que
                             de la métaphysique appliquée ?
                                Or,   les   recherches   racontées   dans   le   livre   précédent   ont

                             confirmé intuitions et craintes : si les philosophes de la tradition
                             occidentale -et orientale aussi semble-t-il- ont bien constamment
                             cherché à dire ce qui a du sens, ce qui "fait" sens comme on dit en
                             anglais, ils n'ont finalement pas vraiment défini ni circonscrit ce
                             qu'en soi avoir du sens peut bien vouloir dire.
                                Il   en   résulte   qu'après   des   siècles   de   tâtonnements,   de
                             raisonnements et de controverses philosophiques -allant du plus

                             abscons au plus lumineux, du plus désinvolte au plus profond, du
                             plus factuel au plus abstrait, du plus sincère au plus ambigu, du
                             plus rigoureux au plus approximatif, du plus désintéressé au plus
                             mesquin- on aura dit (que dis-je "dire" ? on aura conclu, montré
                             et parfois même prétendu dé-mon-trer !) à peu près tout et son
                             contraire.   Et   l'absence   apparente   d'utilité   pratique   de   ces

                             spéculations et théories grandioses et fascinantes n'aura jamais
                             découragé la débauche d'énergies et de talents nécessaires à cette
                             quête qui semble sans fin.
                                Or, depuis le temps qu'ils cherchent, et à force de se répondre
                             les uns aux autres et de se nourrir les uns des autres, tous ces
                             grands esprits auraient dû parvenir à un minimum de consensus,
                             au moins sur les fondamentaux. Mais même pas !

                                Il   faut   dire   que   si   nos   philosophes   ont   cette   propension,
                             transmise d'âge en âge, à développer et argumenter longuement
                             (parfois  très  longuement)   leurs   réponses,   ils   n'expriment
                             finalement qu'assez rarement -pour ne pas dire jamais- ce qu'est
                             leur problème, leur véritable quête. Ils disent ce qu'ils trouvent,
                             mais ne disent pas ce qu'ils cherchent. Pourquoi ? Peut-être ne le

                             savent-ils pas vraiment. Peut-être le questionnement relève-t-il de


                                                                 Page 5
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