Page 9 - Raison(s) d'Être(s) - Livre 2
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Si vous avez manqué le début


                                   la mesure de toutes choses", "Connais-toi toi-même") ou en
                                   dehors de lui (par exemple dans les mathématiques, "Nul
                                   n'entre ici s'il n'est géomètre", en Dieu, dans la nature ou
                                   encore dans la science). Il est également en quête d'une part
                                   d'une "irremplaçable polarité", c'est-à-dire d'une direction

                                   (ce   que   signifie   d'ailleurs  -entre   autres-  le   mot  sens  en
                                   français),   d'une   focalisation,   d'une   orientation,   comme   si
                                   l'esprit humain était intrinsèquement désorienté ; et en quête
                                   enfin   "d'indispensables   limites",   quête   qui   pousse   les
                                   hommes à marquer leurs territoires par des frontières ou à
                                   fonder et établir des règles morales et des lois. Qui n'est pas,
                                   au fond de soi, quelque peu effrayé par le silence éternel des

                                   espaces infinis ? Il est des questions qu'il vaut parfois mieux
                                   occulter.
                                      Par   ailleurs,   l'esprit   humain   semble   en   proie   à   une
                                   perplexité   d'apparence   plus   abstraite   mais   tout   aussi
                                   obsédante   qui   résulte   de   l'étrangeté   de   "l'insaisissable

               Réalité             réalité" qui l'entoure. Quelle est la réalité de la réalité ?
                                   semblent se demander de tous temps les philosophes. Qu'est
                                   que l'Être ? Qu'est-ce qu'Être ? Si les réponses sont parfois à
                                   tout le moins déroutantes, elles procèdent d'une interrogation
                                   qui est trop constante pour être anodine.
                                      Cinquième   inquiétude   qui   hante   les   esprits :
                                   "l'inacceptable   contingence"   qui   résulte   du   sentiment
                                   lancinant, révoltant et décourageant à la fois que je suis là et

                                   que je pourrais ne pas y être, et que si je suis ce que je suis,
               Contingence         j'aurais fort bien pu être tout autre. Là est l'origine de toute
                                   quête   d'identité.   C'est   en   répondant   au   sentiment   de   la
                                   contingence des choses que le déterminisme et la logique,
                                   qui établissent partout des liens de nécessité, procureront du
                                   sens.

                                      Enfin, la sixième et dernière inquiétude a été nommée
                                   "insupportable   abandon"   et   tient   dans   cette   sourde   et
                                   perpétuelle appréhension de l'individu de se retrouver séparé

               Abandon             de la matrice, de la communauté d'où il émane, depuis sa
                                   famille jusqu'au cosmos qui l'englobe. C'est cette inquiétude-
                                   là qui est la source de cette grande affaire des hommes qu'est
                                   l'amour -et donc la haine et la guerre-, ainsi que de tous les

                                   mysticismes. La hantise de "l'abandon", c'est-à-dire de la




                                                                    Page 7
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